La Planète Takoo

Actualités · Archives

De la BD qui m'a appris à lire au premier manga de la Caraïbe

De la BD qui m'a appris à lire au premier manga de la Caraïbe

Avant de créer La Planète Takoo, avant de devenir TEEYANDEE, avant même de rêver de manga, de Japon, de Djokan ou d'Afrique, j'ai d'abord été un enfant qui ne comprenait pas pourquoi il fallait lire.

Je devais avoir quatre ans. Je me revois assis devant un livre, face à ma mère qui essayait de m'apprendre à lire. Elle insistait, recommençait, m'expliquait, se battait avec patience. Mais de mon côté, je ne voyais aucun intérêt à ouvrir ce monde-là. Les mots ne me parlaient pas. Les phrases ne m'attiraient pas. Lire ne représentait rien pour moi.

Et puis un jour, quelque chose a changé. J'avais une bande dessinée entre les mains. Je ne savais pas encore lire, mais je regardais les images. Je trouvais les dessins drôles. Très drôles. Et je me suis dit quelque chose de simple : si les images me faisaient déjà autant rire, alors les textes devaient rendre l'histoire encore plus drôle.

Pour la première fois, je n'avais plus envie de lire parce qu'un adulte me le demandait. Je voulais lire parce que je voulais comprendre. À partir de là, j'ai appris à lire très vite.

Le Club Dorothée, les héros et les premières frustrations

Comme beaucoup d'enfants de ma génération, j'ai grandi avec les dessins animés du Club Dorothée. Dragon Ball, Saint Seiya, Nicky Larson, Ranma 1/2, Fly, Dragon Ball Z, Olive et Tom : ces œuvres ont nourri mon imaginaire.

Mais au départ, ce n'est pas Dragon Ball qui m'a le plus marqué. C'est Saint Seiya. J'adorais Shiryu, le chevalier du Dragon. Puis il y a eu Olive et Tom. Je me revois après l'école primaire, à Pointe-à-Pitre, m'arrêter avec mes amis devant les télévisions des magasins pour regarder quelques minutes d'épisode.

Ces histoires structuraient nos imaginaires. Elles nous parlaient de courage, d'amitié, de rivalité, de dépassement de soi, de sacrifice, de transmission. Elles comptaient.

Rurouni Kenshin, Naruto et le retour du manga

Au collège, j'ai découvert Fly en manga, puis Rurouni Kenshin. Kenshin a éveillé en moi l'envie de connaître l'Asie, de découvrir le Japon, de comprendre cette culture qui me fascinait à travers les pages.

Puis, après mon bac ES, j'ai quitté la Caraïbe pour la France. En prépa art, une camarade m'a parlé de Naruto. Dès le premier épisode, j'étais fan. Sans le savoir, elle venait de me replonger dans le manga.

Le déclic : pourquoi les personnages noirs étaient-ils absents ?

À l'ESRA, en option Sup'Infograph, je me suis retrouvé dans un environnement très divers. Pourtant, dès qu'il fallait créer des personnages, presque tout le monde faisait systématiquement des personnages blancs. Ce n'était pas forcément dit. Mais c'était là. Dans les réflexes. Dans les designs. Dans les références.

Après ça, je me suis fait une promesse : la première histoire que j'écrirais vraiment aurait un personnage principal noir.

De Thaji l'enfant du désert à La Planète Takoo

Après mes études, j'ai commencé à travailler à Xilam Animation. L'ambiance était bonne, mais artistiquement, je ressentais une frustration. Je travaillais sur des univers déjà existants, alors que moi, je voulais créer mon propre monde.

Au départ, c'était un projet de court-métrage. Après deux ans à attendre une aide qui ne venait pas, j'ai compris qu'il fallait avancer autrement. J'ai transformé le scénario de Thaji l'enfant du désert en roman. Et c'est ainsi que La Planète Takoo est née. Le roman est sorti en 2016. En 2017, je l'ai présenté au Salon du Livre de Paris. Les ventes ont été bonnes, au point de me permettre de financer la suite : l'adaptation en manga.

La Guyane, le Djokan et le sens profond du projet

Mon arrivée en Guyane en 2018 a été salvatrice. Je suis arrivé le 14 janvier 2018 pour pratiquer le Djokan, art martial amazonien, afin de l'intégrer de la meilleure façon possible dans La Planète Takoo. La Guyane m'a aussi permis de devenir professeur d'arts appliqués. Peu à peu, mes tomes ont commencé à entrer dans les collèges, les lycées, les médiathèques et les bibliothèques de Guyane.

La bande dessinée avait été ma passerelle vers la lecture quand j'étais enfant. Des années plus tard, La Planète Takoo devenait à son tour une passerelle vers la lecture pour des jeunes de Guyane et de la Caraïbe.

De la Caraïbe à l'Afrique

En 2025, j'ai quitté la Guyane pour poursuivre l'aventure ailleurs. Il y a eu le Congo-Brazzaville en 2024 pour le Bilili BD Festival, le Nigeria en 2025 pour le Creative Africa Forum, la Guinée-Conakry en 2026 pour le Bilili Pop Up, mais aussi le Marché Afro-Caribéen en mars 2026.

À travers ces événements, La Planète Takoo n'est plus seulement une œuvre née d'un manque de représentation. C'est devenu un pont. Un pont entre la Caraïbe, la Guyane, l'Afrique, la France hexagonale, les arts martiaux, le manga, la lecture, la transmission et la mémoire.

Je crée La Planète Takoo parce qu'un jour, une BD m'a donné envie de lire.

← Toutes les actualités